Comme ce qui est arrivé à Pierre-Jean fait réfléchir tout le monde, et qu'on reçoit des messages très profonds, je me permets d'ajouter encore une réflexion, qui n'engage que celui qui la met sur ce blog...

Pour ceux qui s'intéressent à l'Evangile: ce dimanche, on lit le récit de la rencontre de Jésus avec un homme paralysé que ses amis amènent en le faisant passer par un trou qu'ils font dans le toit: (cfr évangile selon Marc, ch. 2, 1-12). C'est évidemment quelque chose de douloureux pour nous. Mais...

C'est un texte à écouter avec attention. Dans ces quelques lignes, les premiers chrétiens expriment l'expérience qu'ils avaient faite et qu'ils continuaient à faire sous "l'impact" du comportement de Jésus.

Ce n'est PAS, contrairement à ce qu'on dit souvent (ah, le besoin de magie!), le récit de "la guérison d'un paralytique".

C'est le récit d'une rencontre entre Jésus - homme de parole et de rencontres, qui était manifestement très à l'aise avec toutes les personnes blessées, tordues, enfoncées dans le malheur, et qui les mettait à l'aise:

rencontre avec : (a) un homme blessé, mais (b) porté par ses amis, et (c) qui voulai(en)t écouter avec tout le monde la parole de Jésus et les discussions autour de lui.

J'ajoute ici: il a fallu que les amis montent l'homme paralysé paralysé sur le toit (en terrasse) de la maison où était Jésus, et qu'ils fassent un trou pour faire descendre leur copain. Pourquoi ? Parce qu'évidemment, les non-handicapés passaient devant et occupaient toutes les bonnes places. Je vois d'ici leur regard, mi- énervé, mi-apitoyé, vers le paralysé: "pourquoi il ne reste pas chez lui, celui-là  ? Dans cette foule, ce n'est pas un endroit pour lui..."

Et c'est le récit, quand Jésus voit cela, d'un constat : et d'une "bénédiction "prononcés avec force par Jésus, CONTRE la malédiction qui aurait pu accabler cet homme: "ton péché, voilà que tu en es soulagé !".

__Je crois que nous sommes ici au coeur du récit:

Qu'est-ce qu'il a vu, pour que cela provoque cette exclamation ?

Et comment arriver à voir, moi, ce qu'il a vu ? __

Et c'est aussi l'affirmation, par Jésus, que le "péché" qui ligote et paralyse peut être "délié" sur cette terre .

...ce qui énerve les spécialistes de la religion.On dirait que ces bons croyants veulent qu'on soit fixé dans le "péché" et le malheur comme un papillon punaisé sur une planche. Est-ce qu'ils ne vénéreraient pas un Dieu cruel, par hasard? Le récit dit que ce sont ces personnes au regard triste ou mauvais, et apparemment non pas l'homme paralysé, qui ont besoin, pour ouvrir les yeux, __d'un signe:

l'encouragement contagieux à l'homme paralysé ("vas y, marche!") est là pour leur faire comprendre que ce ("Père") qui fait vivre Jésus, c'est une source d'amour contagieux de la vie vivante, et de confiance dans ses capacités de partager la vie; et pas l'illusion malfaisante d'un magicienTout-Puissant, au regard policier ou comptable.

La question que me pose ce texte, c'est: qu'est-ce que Jésus voulait dire quand il faisait comprendre: ce qui fait le plus souffrir, c'est le "péché" qui pèse sur quelqu'un ? Et : "je t'en soulage" ?

Je n'ai guère d'idée de la réponse, sauf celle-ci: le "péché", c'est peut-être avant tout se rendre complice de ce goût de mort que nous avons parfois - envers nous-mêmes, envers les autres...

Nous sommes tentés par cette complicité, prisonniers de ce "péché". Mais un regard vraiment respectueux, et amoureux de la vie, peut nous en libérer : ça doit être ce genre de regard qui a circulé entre Jésus, les amis de l'homme paralysé, et le paralysé lui-même.

Quand Jésus dit qu'il a le "pouvoir" de libérer du péché, il dit qu'il en a la capacité - et donc le droit, et même la responsabilité: la capacité de deviner et de libérer le goût de vie qui est en chacun, même blessé ou tordu. Je crois que chacun de nous connaît des gens qui ont la capacité de réveiller la vie et de chasser le goût de mort. .. et d'autres qui font l'inverse: ils ne voient que des règles, des risques, des fautes, des dettes, des obligations...A les écouter, on ne bouge plus d'un pas.

Est-ce que ce texte - celui de l'évangile, et celui-ci, que je me risque à mettre sur le blog - est stupide et scandaleux , comme la plupart des bondieuseries, ou est-ce qu'ils font signe vers une "bonne nouvelle" crédible ? Moi, je ne sais pas. La réponse est une question de vérification pratique.

Ce que je sais, c'est que l'Evangile n' est pas fait pour nous faire fuir la réalité et nous bercer d'illusions à propos d'un Dieu magicien: ce Dieu-là n'est que la projection de nos désirs. C'est ce que montrent la vie et la mort de Jésus: le tout proche de "Dieu" a vécu sans secours magiques, et a dû affronter comme nous la mort - et peut-être pire que la mort: l'abandon... L'Evangile est fait pour changer notre désir, notre regard et nos actes, par exemple en nous posant des questions qui souvent nous étonnent et nous dérangent, parfois nous révoltent. Jésus a dit: "s'il y a quelqu'un que je ne scandalise pas, eh bien, celui-là a vraiment de la chance!"(Luc, 7, 23)

Aujourd'hui, ces questions me suffisent: qu'est-ce qui paralyse vraiment la vie? Est-il possible de trouver une capacité de vie vivante même dans ce qui arrive à Pierre-Jean ? Questions dures à supporter devant notre fils...Peut-être qu' un jour elles changeront quelque chose en moi, et en d'autres.