Défiguré, transfiguré ?
Par guillaume, samedi 11 mars 2006 à 14:54 :: 4) Témoignages et textes :: #34 :: rss
une réflexion pour le dimanche
Pierre-Jean reprend un (tout petit) peu de couleurs. Mais son visage reste creusé, et son regard a changé. Et nous l’avons parfois vu défiguré par la souffrance, ou amer sous l’épreuve. Et nous-mêmes, et ses frère et sœurs… Et pourtant, à certains moments son sourire s’éclaire, quand il voit entrer certain-e-s ami-e-s, ou qu’il lit certaines lettres, certains messages : c’est, comme en avril, un bref moment de soleil entre giboulées et averses… Nous naviguons ainsi, avec lui, entre lumière et ombre. Nous voyons cette alternance dans le regard des personnes que nous croisons dans les couloirs du CTR.
C’est à ça que je pense en lisant l’évangile de demain : la scène, très symbolique, de la « transfiguration » de Jésus. Il avait sûrement une personnalité rayonnante de goût de la vie. Et ses proches ont compris que cette confiance, capable de réveiller la vie autour de lui, se nourrissait de sa foi dans l’amour de son « Père » pour tous ceux qu’il rencontrait, et pour lui-même. C’est cela qu’exprime cette scène. Mais ils ont (finalement, c’est-à -dire après la mort de Jésus) dû apprendre aussi que, s’ils s’étaient mis à crier : « regardez comme on est heureux quand on croit à l’amour de Dieu ! », ils auraient été à côté de la plaque, et infidèles à l’aventure que l’homme de Nazareth a vécue. C’est ce qu’ils disent : Jésus leur interdit de raconter cette lumière de joie avant qu’il soit passé par la mort . Pas question de nourrir l’illusion d’un « Dieu » magique.
D’ailleurs, le rayonnement de Jésus, ça pouvait être le robuste optimisme d’un bien-portant très équilibré et très mature ; ou encore l’enthousiasme d’un illuminé. Ce que disent ses proches, ce qu’ils ont appris, c’est que cette confiance qui animait Jésus ne prend son vrai sens que si on voit qu’elle ne l’a pas dispensé d’affronter l’ombre noire, et d’y sombrer. Le rayonnant est devenu celui qui n’avait presque plus figure humaine. C'est tellement important que c'est dans le Credo, cette phrase qui semble inutile: "il est descendu aux enfers". Comme tant… et tant… et tant… d’hommes, de femmes, d’enfants, près de nous, ou loin…
La terrible « vérité » qu’annoncent ceux qui ont suivi tout ce chemin, c’est cela : « être aimé de Dieu », cela ne préserve pas de l’horreur.
Mais ce qu’ils ont découvert aussi (la « résurrection ») à la suite de l’homme de Nazareth, c’est que - d’une façon difficile à comprendre - cela permet de forer un chemin dans l’ombre noire. De ne pas y perdre le goût de la vie et des rencontres – et même la capacité de rendre les autres plus vivants. D’aller peut-être, libéré de toutes les illusions, jusqu’ à la source même de la grande tendresse.
Ca, c’est ce qu’ils disent. En insistant sur le faut que l’homme de Nazareth a payé le prix pour que ce soit crédible. C’est pour ça que, de la résurrection, il ne peut y avoir que des « témoins », pas des théoriciens.
En attendant, il y a ce simple défi : ne pas détourner les yeux des défigurés. Pas évident! Et peut-être accepter de deviner la vérité de leur rayonnement. Pas évident non plus...
Commentaires
1. Le samedi 11 mars 2006 à 20:28, par Axelle
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