Une autre vision du handicap...
Par guillaume, dimanche 12 mars 2006 à 14:20 :: 4) Témoignages et textes :: #36 :: rss
Voici un texte bref, écrit par Claudio balestra, une personne que nous apprenons à connaître et qui a suivi l'itinéraire que PJ commence
Claudio Balestra a 42 ans, il est juriste, réviseur d'entreprise, marié, avec 2 enfants. Il a subi à 19 ans un accident semblable à celui qui est arrivé à Pierre-Jean - avec qui il a déjà eu une longue conversation. Il nous avait communiqué ce texte bref, mais précieux: merci à lui de nous avoir permis de le mettre sur ce site ! (je crois que, dans le titre, "la roue" est celle de la chaise roulante, symbole du handicap)
GRACE A LA ROUE L’HUMANITE A FAIT UN PAS EN AVANT
par Claudio Balestra
Dans les grands repas il est de coutume, afin de garder les convives dans de bonnes dispositions, de leur offrir un rafraîchissement entre deux plats consistants. Aujourd’hui, le trou normand, c‘est moi...
Combien de temps pourriez-vous tolérer que l’on s’adresse à vous sur un ton compatissant vous rappelant incessamment que votre interlocuteur de façon inconsciente se félicite de ne pas être à votre place, et qu’en fin de compte vous représentez bien malgré vous l’incarnation de ce qu’il souhaite ne jamais avoir à connaître ?
Moi j’en ai eu marre très vite ! J’en conclu que pour le bien de tous il est temps de mettre quelqu’étiquettes positives sur le handicap ! Car comme nous l’avons vu à l’instant s’il y a malaise, il est ressenti des deux cotés de la confrontation.
LE MOT
Le terme "handicap" en lui-même est un modèle d'adaptation. Au XVI ième siècle il désigne une expression relative à un jeu de hasard britannique. Au XVIII il désigne le surpoids ou la distance supplémentaire imposé aux chevaux les plus performants dans les concours hippiques ; c'est dans les années 1930 qu'il apparaît dans la législation sociale et ne sera d'utilisation courante en médecine qu'après 1950. Et ce n'est que dans les années 70 que l'OMS tentera une définition. Nous retiendrons pour l'heure si cela ne vous dérange pas trop la connotation du XVIII ième dont le principe sous-jacent est l'égalisation…liée à la performance. A mon avis en effet un handicap peut être :
UN CATALYSEUR DE QUALITE DE VIE
On pourrait croire que présenter un handicap comme un élément susceptible (dans certaines conditions) d’avoir un effet positif sur la qualité de vie relève de l’argutie réthorique et n’a aucun fondement dans la réalité. Pourtant en observant autour de moi il m’arrive régulièrement de voir des personnes s’inquiéter à propos de « problèmes » sans contenu objectif…
A les voir se désespérer sur une multitude de faux problèmes j’en arrive parfois à me dire qu’il seraient plus heureux s’ils avaient à en affronter un vrai.
Leur vie serait plus simple, ils apprendraient à relativiser en fixant une échelle de valeurs qui leur correspond et qui n'est pas nécessairement dictée par la mode ou les mensurations des mannequins vedette… Force est de constater que réfléchir à la solidité de sa propre échelle de valeurs est un exercice hautement bénéfique mais auquel on ne se livre pas spontanément, il faut y être contraint.
Ce premier exercice auquel va se livrer consciemment ou pas la personne confrontée à un traumatisme par exemple médullaire, va avoir des effets directs sur deux composantes majeures de la qualité d’une vie.
La motivation Il va de soi que quand la vie est un sport il faut être un athlète. Les tâches quotidiennes réalisées distraitement par le commun des mortels demandent une énergie énorme à une personne à performance réduite, sans parler des tâches considérées comme épuisantes par nature (sport, activité professionnelle, études universitaires…).
Ne pouvant souvent pas agir sur les performances physiques il faut compenser au niveau du capital mental pour agir et réaliser. Cela aboutit à une évaluation continuelle de l'opportunité de l'action et à un approfondissement des "raisons" d'agir ce qui maximise l'efficacité .
Faisons un test : vous tous ici présents, ce matin vous avez jugé opportun de vous lever, etc…sur base d'un certain nombre de critères d'opportunité conscients ou inconscients. Revoyez rapidement votre matinée mentalement et maintenant demandez-vous ce qu'elle aurait été si à votre réveil vous aviez constaté que votre poids avait doublé pendant la nuit. Les tâches que vous auriez accomplies malgré tout sont celles pour lesquelles votre motivation est la plus forte; quel en est le nombre…. ?
Un autre domaine où une certaine intensification se produit en raison du message endogène primaire négatif de rejet est :
Le relationnel Une fois les barrières comprises et neutralisées ( ce qui n’est pas un mince affaire) ; une fois une perception suffisante de sa qualité intrinsèque rétablie, la personne handicapée va renouer un relationnel extérieur qui souvent va gagner en qualité et en profondeur en raison de la modification intervenue dans l’échelle de valeur. Souvent également la démarche personnelle de reconstruction va fournir des outils susceptibles d’augmenter les compétences de verbalisation et de reformulation, ce qui va augmenter la « sympathie » (de syn pathos : sensation commune)
Faisons un test : On apprécie tous quand on nous complimente sur un point tel que l’élégance, la coiffure,…. Toutefois reconnaissons que plus le compliment se focalise sur une caractéristique profonde témoignant du niveau d’intérêt de l’interlocuteur, plus nous apprécions (car le message positif demeure même quand les vêtements sont à la lessive…..)
Bien ! ! J’espère vous avoir convaincus, … j’espère aussi que si jusqu’aujourd’hui votre premier réflexe à la vue d’une personne dont le physique a souffert était la tendance à la commisération, que désormais il vous sera plus aisé de revoir votre point de vue…
Commentaires
1. Le dimanche 12 mars 2006 à 18:16, par Nikus
2. Le lundi 13 mars 2006 à 11:59, par Geneviève M.
3. Le mardi 11 avril 2006 à 21:59, par une maman en visite sur le site
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.